Paulo Lemos Horta

D’où vient le palais d’Aladdin ?

Le cortège d’Aladdin. Illustration d’Albert Robida.
Le cortège d’Aladdin. Illustration d’Albert Robida.

Le palais d’« Aladdin » a longtemps été lu comme le souvenir orientaliste d’Istanbul chez Antoine Galland. Dans Marvellous Thieves (2017), Paulo Lemos Horta a montré qu’il ressemble bien davantage à Versailles tel que Hanna Diyab l’a décrit : Diyab avait visité le palais de Louis XIV quelques mois avant de raconter le conte à Galland. Horta a aussi rattaché le palais qui apparaît et disparaît dans le récit à un décor d’opéra que Diyab vit à Paris, où une réplique de Versailles disparaissait et réapparaissait.

« Les chercheurs ont souvent vu dans les splendeurs du palais d’« Aladdin » une projection orientaliste de Galland fondée sur ses séjours à Istanbul, mais le palais flottant d’Aladdin ressemble bien plus au palais de Versailles décrit par Diyab qu’au palais ottoman de Topkapi. »

Texte original : “Scholars have often seen the splendors of the palace in “Aladdin” as an Orientalist projection by Galland based on his experiences in Istanbul, but Aladdin’s floating palace more closely resembles the Versailles palace described by Diyab than the Ottoman palace of Topkapi.”

Marvellous Thieves (2017), p. 51

« Horta développe cette affirmation par une analyse serrée des mémoires de Diyab et prouve, preuves historiques substantielles à l’appui, que les somptueuses descriptions du palais d’Aladdin – qui semblaient à Horta plus parisiennes que persanes – sont en réalité le fruit d’une rencontre interculturelle entre Diyab et Galland. Autrement dit, les traits baroques du palais d’Aladdin et son train de vie royal et fastueux s’expliquent par le talent de conteur de Diyab dès lors qu’on lit, dans ses mémoires, l’épisode où l’antiquaire orientaliste Paul Lucas l’emmène à la cour de Louis XIV à Versailles. »

Texte original : “Horta expands on this assertion with close analysis of Diyab’s memoirs and proves with significant historical evidence that the lavish descriptions of Aladdin’s palace — which to Horta seemed more Parisian than Persian — are actually the result of a cross-cultural encounter between Diyab and Galland. In other words, the baroque characteristics of Aladdin’s palace and the royal, rich lifestyle are explained by Diyab’s talented storytelling when one reads in his memoirs the episode of him being taken by the Oriental antiquarian, Paul Lucas, to the court of Louis XIV at Versailles.”

Aqsa Ijaz, Dawn, 3 décembre 2017
Autres citations de Horta (2)

« C’est aussi le langage employé pour décrire le palais de Versailles, que Diyab venait de visiter pour être présenté au roi Louis XIV. Cette expérience a pu inspirer la description du palais d’Aladdin par Diyab. »

Texte original : “This is also the language that was used to describe the palace of Versailles, which Diyab had recently visited to be presented to King Louis XIV. This experience may have inspired Diyab’s description of Aladdin’s palace.”

The Annotated Arabian Nights (2021), note sur « the wonder of the world », p. 472

« … pendant trois siècles, nous avons imaginé que les contes ajoutés de la main de Galland aux Nuits en français reflétaient son séjour à Istanbul, un fantasme français de l’Orient. »

Texte original : “… for three centuries we imagined the tales added by Galland’s hand to the Nights in French reflected his stay in Istanbul, a French fantasy of the Orient.”

cité dans The Guardian, 15 décembre 2021
Autres critiques et chercheurs (5)

« M. Horta … suggère cependant que la voix du Syrien est peut-être plus présente qu’on ne le pensait. Dans « Aladdin », par exemple, la description du palais magique et flottant du jeune garçon fait écho à la description par Diyab d’un tour de théâtre dont il fut témoin à l’Opéra de Paris, où une réplique du palais disparaissait et réapparaissait à plusieurs reprises. »

Texte original : “Mr. Horta … suggests, however, that the Syrian’s voice may be more present than previously believed. In “Aladdin,” for example, the description of the young boy’s magical floating palace echoes Diyab’s description of a theatrical trick he witnessed at the Paris opera house in which a replica of the palace would repeatedly vanish and reappear.”

Charles Shafaieh, The Wall Street Journal, 13 janvier 2017

« Le récit enthousiaste [de Diyab] de Versailles et de sa construction répond aux ordres qu’Aladdin donne au djinn pour un palais qui soit « la seule merveille du monde, car on n’a jamais rien vu, ni avant ni depuis, de si grand, de si riche, de si magnifique », poursuit Horta. »

Texte original : “[Diyab’s] breathless account of Versailles and its construction mirrors Aladdin’s orders to the jinni for a palace that is “the only wonder of the world, for nothing so grand, so rich, so magnificent has ever been seen before or since”, Horta continued.”

Richard Lea, The Guardian, 2 novembre 2018

« Mais Lemos Horta va plus loin en soutenant notamment que certains des éléments censés émerveiller les lecteurs de l’époque ne découlent pas de l’étonnement de Galland devant les beautés de l’Orient, comme on l’a toujours répété, mais plutôt de celui de Hanna Diyab devant celles de la France. »

« [Selon Horta,] la description du palais d’Aladdin évoque davantage le château royal de Versailles qu’un quelconque modèle oriental. »

Texte original : “Beskrivningen av Aladdins palats påminner mer om det kungliga slottet i Versailles än om någon orientalisk förlaga.”

Carl Rudbeck, Svenska Dagbladet, mars 2017

« Paulo a écrit tout un livre là-dessus – Marvellous Thieves: Secret Authors of the Arabian Nights – et il consacre un chapitre à l’idée qu’au lieu de voir dans Aladdin la vision de l’Orient projetée par Galland, il est plus plausible d’y voir la vision de la France de Diyab. »

Texte original : “Paulo wrote a whole book about this—Marvellous Thieves: Secret Authors of the Arabian Nights—and he devotes a chapter to the idea that, rather than see Aladdin as Galland’s projected vision of the East, it’s more plausible to think of it as Diyab’s vision of France.”

Yasmine Seale, traductrice d’Aladdin, Publishers Weekly, 19 octobre 2018
Priorité scientifique
  1. janvier 2017Horta, Marvellous Thieves (Harvard University Press)
  2. 2018Xavier Luffin, Recherche littéraire / Literary Research
  3. 16 novembre 2021Horta, The Annotated Arabian Nights (2021)
Retentissement auprès du grand public
  1. 13 janvier 2017Charles Shafaieh, The Wall Street Journal
  2. mars 2017Carl Rudbeck, Svenska Dagbladet
  3. 3 décembre 2017Aqsa Ijaz, Dawn
  4. 19 octobre 2018Yasmine Seale, traductrice d’Aladdin, Publishers Weekly
  5. 2 novembre 2018Richard Lea, The Guardian
  6. 15 décembre 2021Horta cité dans The Guardian