Qu’a vu Hanna Diyab à Versailles ?

Hanna Diyab fut conduit à Versailles par le collectionneur Paul Lucas, vêtu d’un costume « oriental » et portant une cage de gerboises de Tunis. Il fut présenté à Louis XIV, puis interrogé et examiné de près par les princesses de la cour. Il consigna aussi l’éclat du palais, ses jardins et ses fontaines, et l’histoire de sa construction. Dans Marvellous Thieves (2017), Paulo Lemos Horta a lu ces scènes à la lumière des palais et des princesses d’« Aladdin » et du « Prince Ahmed ».
« Les descriptions par Diyab de la beauté radieuse et des toilettes luxueuses des dames de Versailles rappellent les princesses de contes comme « Aladdin » et « Le Prince Ahmed et la fée Pari-Banou », qu’il raconta à Galland en 1709. »
Texte original : “Diyab’s descriptions of the radiant beauty and luxurious attire of the ladies of Versailles are reminiscent of the princesses in the tales like “Aladdin” and “Prince Ahmad and the Fairy Peri-Banu,” which he related to Galland in 1709.”
Marvellous Thieves (2017), p. 46
« Dans « Marvellous Thieves », une étude agile, parue en 2017, des « Mille et Une Nuits » et de leurs origines, Paulo Lemos Horta note que Diyab, avant de raconter « Aladdin » à Galland, s’était rendu à la cour royale, à Versailles, avec Lucas (qui l’obligea à revêtir un costume de pacotille orientale), et y avait admiré la splendeur des femmes couvertes de bijoux – un détail occidental qui scintille chez la princesse orientale d’« Aladdin ». Ainsi les cultures se nourrissent-elles les unes des autres. »
Texte original : “In “Marvellous Thieves,” a nimble 2017 study of the “Arabian Nights” and its provenance, Paulo Lemos Horta notes that Diyab, prior to recounting “Aladdin” to Galland, had attended the royal court, in Versailles, with Lucas (who made him robe up in mock-Oriental garb), and admired the bejewelled splendor of the women—a Western detail that gleams in the Eastern princess of “Aladdin.” Thus do cultures feast upon one another.”
Autres citations de Horta (2)
« Si impressionné que fût Diyab par les habitants magnifiquement vêtus de Versailles, il semble l’avoir été plus encore par le palais. Diyab affirme qu’en approchant du palais, il fut ébloui par la lumière qui en émanait et qu’on apercevait à une demi-heure de route. »
Texte original : “As impressed as Diyab was by the magnificently dressed inhabitants of Versailles, he seems to have been even more struck by the palace. Diyab claims that as he approached the palace, he was dazzled by the light emanating from it, which could be seen a half-hour’s travel away.”
cité dans The Guardian, 2 novembre 2018
« Lucas exigea que Diyab s’habille à la manière orientale stéréotypée : une longue tunique, des pantalons bouffants, un foulard d’étoffe de Damas, une ceinture précieuse, un poignard d’argent et un bonnet de fourrure du Caire. »
Texte original : “Lucas insisted that Diyab dress in stereotypically Oriental fashion — a long tunic, baggy pantaloons, a headscarf of Damascene fabric, a precious belt, a silver dagger and a fur cap from Cairo.”
cité dans Time, 23 mai 2019
Autres critiques et chercheurs (5)
« Troisième rebondissement [du livre de Horta], et une maille à l’envers : quand Diyab écrit sur les princesses françaises et les processions de la Fête-Dieu, sa langue est si proche des histoires que Galland finira par moraliser et sentimentaliser que c’en est stupéfiant. »
Texte original : “So, twist three [of Horta’s book], and purl one: when Diyab is writing about French princesses and Corpus Christi processions, his language is so similar to the stories eventually moralised and sentimentalised by Galland, it’s astonishing.”
« Pour Paulo Lemos Horta, dont l’étude Marvellous Thieves examine les rencontres interculturelles qui ont façonné les Mille et Une Nuits, la contribution de Diyab reflète non seulement son héritage syrien, mais aussi ses vives impressions de la cour de France. »
Texte original : “For Paulo Lemos Horta, whose study Marvellous Thieves examines the cross-cultural encounters that shaped One Thousand and One Nights, Diyab’s contribution reflects not only his Syrian heritage but also his vivid impressions of the French court.”
« [Selon Horta,] les voyages de Diyab en France, en particulier la décadence de Versailles, ont fortement influencé la manière dont il raconta le conte d’Aladdin à Galland. »
Texte original : “[In Horta’s account,] Diyab’s travels in France, specifically the decadence of Versailles, heavily influenced his telling of the tale of Aladdin to Galland.”
« En France, Diyab fut présenté à Louis XIV et fut profondément impressionné par le palais et les jardins de Versailles, ainsi que par le cérémonial pompeux d’une procession de la Fête-Dieu. Horta plaide de façon convaincante pour une francisation d’« Aladdin » due aux enjolivements du conteur Diyab plutôt qu’à la contribution de Galland (vieil érudit desséché). »
Texte original : “While in France, Diyab was presented to Louis XIV and was enormously impressed by the palace and gardens at Versailles, as well as by the pompous ceremonial of a Corpus Christi procession. Horta makes a good case for the Frenchification of ‘Aladdin’ resulting from Diyab’s storytelling embroidery, rather than from the contribution of Galland (who was a scholarly dry old stick).”
« Il cite notamment en exemple la description de la fontaine dans le conte du prince Ahmed, qui correspondrait non pas à un modèle oriental, mais à ce que Hanna avait pu voir à Versailles et aussi dans les décors de théâtre de Paris. »
Priorité scientifique
- janvier 2017Horta, Marvellous Thieves (Harvard University Press)
- 2018Xavier Luffin, Recherche littéraire / Literary Research
- 2019Melinda Cohoon, Review of Middle East Studies 53.2
Retentissement auprès du grand public
- 1er janvier 2017Stuart Kelly, Scotland on Sunday
- février 2017Robert Irwin, Literary Review
- 2 novembre 2018Horta cité dans The Guardian
- 2 novembre 2018Richard Lea, The Guardian
- 23 mai 2019Horta cité dans Time
- 24 mai 2019Anthony Lane, The New Yorker
- 20 mai 2023ARTE diffuse le documentaire de Thomas Staehler Aladin und Ali Baba, tourné avec Horta à Versailles (IMDb, Letterboxd)