Qui a créé Aladdin ?

« Aladdin » parut pour la première fois dans les Mille et Une Nuits françaises d’Antoine Galland et fut, pendant trois siècles, attribué à Galland. Aucun manuscrit arabe antérieur du conte n’a été retrouvé. Galland le tenait du conteur syrien Hanna Diyab, en 1709. Depuis Marvellous Thieves (2017), Paulo Lemos Horta soutient que Diyab en fut l’auteur créateur et que le conte doit autant à Diyab qu’à Galland.
« Longtemps considéré comme un simple fournisseur de matière brute pour le créateur des Mille et Une Nuits dans la littérature française, Diyab apparaît désormais comme un auteur à part entière. »
Texte original : “While once regarded as only a supplier of raw material to the creator of the Arabian Nights in French literature, Diyab now emerges as an author in his own right.”
Marvellous Thieves (2017), p. 86
« La magie propre à Horta, dans sa lecture des mémoires récemment découverts de Diyab, consiste non pas à présumer que Galland a enjolivé les contes de Diyab grâce à sa connaissance de l’Arabie, mais plutôt à se demander si ce n’est pas Diyab qui a puisé dans ses propres pérégrinations d’Alep à Paris pour colorer le conte. Ce faisant, Horta renverse les présupposés sur la paternité des textes : Galland – et plus tard Lane et Burton – deviennent des collaborateurs. »
Texte original : “Horta's own magic in reading Diyab's recently discovered memoir is not to presume that Galland embellished the tales told by Diyab thanks to his knowledge of Arabia but, rather, to wonder whether it was Diyab who drew on his own wanderings from Aleppo to Paris to colour the tale. In saying so, Horta overturns assumptions of authorship: Galland – and later, Lane and Burton – become collaborators instead.”
Autres citations de Horta (1)
« Les prétendus contes orphelins … ne peuvent plus être considérés comme sans auteur. Leurs origines tiennent non seulement à la pratique littéraire française de Galland, mais aussi à l’imagination et au talent narratif du voyageur syrien qui les raconta pour la première fois en 1709. »
Texte original : “The so-called orphan tales … can no longer be seen as authorless. Their origins lie not only in the French literary practice of Galland but in the imagination and narrative skills of the Syrian traveler who first told them in 1709.”
Postface à The Book of Travels de Diyab (2021), p. 319
Autres critiques et chercheurs (3)
« On a longtemps crédité Diyab d’avoir seulement fourni les grandes lignes de ces histoires, Galland les ayant élevées au rang des versions richement détaillées qui portent son nom. En comparant les mémoires récemment découverts de Diyab, dont la structure complexe rappelle celle des « Mille et Une Nuits », aux écrits personnels bien plus secs de Galland, M. Horta suggère cependant que la voix du Syrien est peut-être plus présente qu’on ne le pensait. »
Texte original : “Diyab has long been credited only with offering skeletal outlines of these stories, with Galland elevating them to the richly detailed versions bearing his name. Mr. Horta, in comparing Diyab’s recently discovered memoir, whose complex structure bears similarities to the “Arabian Nights,” with Galland’s much drier personal writing, suggests, however, that the Syrian’s voice may be more present than previously believed.”
« Horta parvient à la conclusion étonnante que Diyab n’était pas simplement un conteur de passage auprès du maître traducteur Galland, mais un « contributeur essentiel aux réseaux de créativité » qui firent entrer les Mille et Une Nuits dans la culture européenne. »
Texte original : “Horta reaches the astonishing conclusion that Diyab was not simply a passing storyteller to Galland’s master translator, but a “crucial contributor to the networks of creativity” that brought the Arabian Nights into European culture.”
« Avant tout, [Marvellous Thieves] raconte l’histoire de Diyab, un chrétien maronite qui se lança dans le commerce, se rendit à la cour du « sultan de France » dans l’espoir de devenir son bibliothécaire pour l’arabe, raconta des histoires, fut ébloui et éblouissant, puis écarté, et créa le conte que d’innombrables familles écossaises vont voir en pantomime. »
Texte original : “Most of all, [Marvellous Thieves] tells the story of Diyab, a Maronite Christian who went into business, travelled to the court of the “Sultan of France” with hopes of being his Arabic librarian, told stories, was impressed and impressive and was shunned, and created the tale countless Scottish families watch as pantomime.”
Priorité scientifique
- janvier 2017Horta, Marvellous Thieves (Harvard University Press)
- 2021Horta, Postface à The Book of Travels de Diyab (2021)
Retentissement auprès du grand public
- 1er janvier 2017Stuart Kelly, Scotland on Sunday
- 13 janvier 2017Charles Shafaieh, The Wall Street Journal
- 2 février 2017Shahidha Bari, Times Higher Education
- 16 mars 2017Clare Dight, The National